Bernard Laporte : « Ils ont peur »

Article paru le 26 novembre 2015 sur lequipe.fr

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Une brasserie de la porte de Saint-Cloud, hier soir. Bernard Laporte a accordé sa première interview de candidat, à L’Équipe, depuis le lancement de sa campagne pour la présidence de la FFR. Il parle avec passion, s’énerve parfois, surtout contre le système fédéral en place et la situation, catastrophique à ses yeux, du monde amateur.

«  Le 5 décembre, lors de l’assemblée générale extraordinaire de la Fédération, à Marcoussis, les clubs amateurs auront la possibilité de voter contre la modification des statuts de la FFR, qui souhaite revenir sur le choix du vote décentralisé, adopté à Hyères en 2013. En quoi est-il important, selon vous, que ce vote électronique soit adopté ?

Pierre Camou avait acté le vote décentralisé. En 2014, le ministère de l’Intérieur a dit  non. Sauf qu’un an plus tard le Conseil d’État a conclu que seul le ministère de tutelle (les Sports) était habilité à refuser le vote décentralisé. Or, celui-ci avait donné un avis favorable. Mais, aujourd’hui, la Fédération veut faire machine arrière. Et les clubs ne le savent pas. Après ils se plaignent, mais c’est normal, parce qu’ils ne décident de rien. Nous, on les informe. Ce que ne font pas les présidents de territoires, parce qu’ils n’en ont rien à foutre. Eux, ils sont toujours élus. Mais à l’heure actuelle, ce sont des parodies d’élections avec 10 % seulement des mecs qui votent.

Vous semblez particulièrement agacé par le mode de gouvernance ?

Si je me suis lancé, c’est parce que je suis contre la gouvernance actuelle. En plus, l’attitude est déplorable. Dès qu’un mec s’engage avec nous, comme Roland Labarthe du comité Côte basque, il est viré quinze jours après ! C’est quoi cette démocratie ? C’est aussi un président qui ne dit plus bonjour à ceux qui se sont rapprochés de moi. On est à l’époque des rois ! Le club de Gaillac a reçu une lettre avec écrit dessus : « Cette réponse est souveraine. »

Pouvez-vous être plus précis ?

Je veux redonner la parole aux clubs. Je ne veux plus de système qui règne par la terreur du genre : toi, si tu es contre moi, tu n’auras plus (d’organisation) de matches de moins de 20 ans. Mais c’est quoi ces façons de faire ? Moi, je veux que les gens qui travaillent dans les clubs soient au comité directeur, dans des commissions qui décident. Je combats un système dans lequel il n’y a pas de contre-pouvoir. Par exemple, on veut construire un stade à 600 M€, mais personne ne dit rien. Pourquoi ? Parce que dès que quelqu’un commence à poser les questions, il se fait taper sur les doigts ! C’est pour ça que (Christian) Dullin et(Patrick) Buisson (membres du comité directeur et soutiens de Laporte) sont partis. Mais quand quelqu’un pose des questions sur le stade en comité directeur, on lui dit :  «  Tu n’es pas en charge du dossier alors ta gueule ! » Je suis désolé, mais un investissement de 600 M€, il doit y avoir un referendum auprès des clubs avec des réunions dans les comités pour expliquer sa gestion, son amortissement… Ce stade manque beaucoup de transparence.

Vous n’êtes pas foncièrement contre ce stade ?

Que la Fédération ait un actif, c’est une bonne chose. Mais il faut en avoir les moyens. Moi aussi, je voudrais avoir la Tour Eiffel, mais je ne peux pas ! Quand la FFR dit qu’elle va apporter 200 M€, que finalement elle n’en pose que 320 000 sur la table et que tu t’aperçois qu’il y a douze comités qui ont acheté les debentures (système de financement dans lequel un investisseur prête de l’argent à taux zéro à la FFR contre une priorité sur la billetterie pour les évènements organisés dans le futur stade…) C’est un fiasco complet ! Quand on en parle aux clubs, ils tombent par terre devant les frais déjà engagés (12 M€ plus 3 M€ par an sur les trois prochaines saisons). Or, moi, je ne veux pas que l’on mette en faillite ma fédération. Ou alors, les gens qui sont au comité directeur et qui votent pour le Grand Stade, il faut qu’ils soient caution personnelle. Là, ce serait un acte fort. Et je dirais bravo ! Dans ces conditions, je suis même prêt à me retirer.

Quel est votre regard sur le fiasco de l’équipe de France à la Coupe du monde ?

Il y a eu un accident industriel et personne ne parle ! A qui avons-nous à faire pour assumer et dire : « oui, on s’est trompés ! » ? Il n’y a que Saint-André qui a parlé, c’est dramatique ! L’équipe de France est importante parce qu’elle est la vitrine, il faut arrêter toutes ces querelles de mise à disposition, etc… Les mondes amateur et professionnel doivent travailler main dans la main. Depuis que je suis revenu à Toulon en 2011, j’ai vu un Top 14 qui grandit, mais le monde amateur crève, n’a plus de subvention, de matériel, de bénévoles. Parce que c’est contraintes administratives sur contraintes administratives. Pour les mecs, ce n’est plus un plaisir de s’engager dans un club de rugby. Il faut simplifier tout cela.

Ne craignez-vous pas d’effrayer des gens, souvent frileux face au changement ?

Je n’ai envie d’effrayer personne, mais d’apporter au rugby ce qu’il m’a donné. J’ai des soutiens affichés et d’autres qui ont du mal à tomber le masque à cause de la peur. Mais le rétropédalage sur le vote décentralisé montre bien qu’eux, ils ont peur !

On vous prête l’intention de dissoudre la LNR…

Non. La Ligue est une bonne chose. Elle doit travailler avec la Fédération sans se taper dessus sans arrêt. Pourquoi écarte-t-on les présidents du Top 14 ? Pourquoi ne leur donne-t-on pas de commissions ? On dirait qu’ils ont la gale. Ce rejet n’est pas bon pour le rugby. Je veux que tout le monde s’asseye autour de la table pour discuter avec un principe : l’équipe de France est au centre du village et ensemble on va construire.

Récupérer la gestion des droits télé vous permettrait de le redistribuer au monde amateur ?

Mais ce n’est pas assez… Et puis je ne veux pas leur prendre l’argent. Je veux qu’ils nous aident, en allant chercher des droits encore plus importants pour les reverser, pas à l’équipe de France, mais au monde amateur, à la formation. Si on va chercher tant d’étrangers c’est qu’il y a un problème de formation. Ce n’est pas un problème de cadres techniques à Marcoussis. La formation, c’est à la base, à huit, neuf, dix ans. Qui éduque nos enfants, avec quels moyens, quel matériel, comment forme-t-on nos éducateurs ? On veut créer beaucoup plus de cadres techniques pour ça.

On sent poindre une campagne où l’un menace de sortir des dossiers sur l’autre et inversement ?

Mais moi je ne dis pas que j’ai des dossiers sur qui que ce soit. Je ne veux pas d’une campagne de caniveaux. Je souhaite un débat d’idées. Aujourd’hui, j’ai autour de moi une équipe de cinquante mecs qui travaillent sur les calendriers, les commissions, les règlements. Je communiquerai toutes mes propositions au mois de mars. »

Propos recueillis par RENAUD BOUREL.

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