Le Grand stade de rugby profitera-t-il vraiment aux Sénartais ?

 

Article publié le 04/07/16 sur larepublique77.fr

 

Un toit rétractable, une pelouse amovible, des gradins de 82 000 places sur 133 hectares. Sur le papier, le projet de Grand stade de rugby, construit sur l’ancien hippodrome de Ris-Orangis par le groupement Ibelys, a de quoi faire rêver tous les fans de ballon ovale. Mais pas que. Les socialistes se frottent également les mains de ce projet qui, à terme, paraît juteux. Un établissement qui peut accueillir plus de spectateurs que le stade de France à Saint-Denis, c’est tout bénéf’ pour les élus du coin. Particulièrement quand celui-ci sera entièrement financé par la Fédération Française de Rugby (FFR).

« Des emplois à la clef »

Alors, celui qui a le sourire, c’est Stéphane Raffalli (PS), le maire de Ris-Orangis. Le socialiste pointe « des retombées fiscales importantes pour les 24 communes de Grand Paris Sud  avec 15 millions d’euros de recettes par an qui rentreront directement dans la caisse de l’agglo. » Et d’ajouter, enthousiaste : « Le Grand stade est vecteur d’une image d’excellence qui va profiter à tous. Pour la ville, pour l’agglomération et pour les deux départements, et y compris pour les habitants de Sénart qui pourront venir y travailler. Ce sont des emplois à la clef. » Le Grand stade devrait, en effet, générer 8 000 à 10 000 emplois dans les dix prochaines années, en plus des 500 postes prévus à temps plein au stade, lui-même. Le projet vise à bâtir un véritable village des sports autour du site avec un panel d’activités tournées vers le loisir, le bien-être, la santé, des commerces, des bureaux et des bistrots. La future enceinte sportive ne devrait donc rien coûter aux habitants de Sénart. « La puissance publique n’est pas sollicitée », assure le maire de Ris-Orangis. Ni l’État ni les collectivités locales ne mettront la main à la poche. Enfin, ça, c’est la théorie. Parce que la construction du Grand stade ne se fera pas sans contraintes. Coût total du projet : 730 millions d’euros TTC, dont le tiers est financé par les fonds propres de la FFR. Les deux tiers restants feront l’objet d’un emprunt.

« Un risque budgétaire »

Le hic, c’est que le Département de l’Essonne garantirait l’emprunt à hauteur de 450 millions d’euros pour ce prêt pharaonique. L’État s’est, par ailleurs, engagé à garantir l’organisation annuelle de 4 ou 5 matchs de rugby au stade de France, avec indemnités si cet engagement n’est pas respecté. Les matchs reportés dans la nouvelle infrastructure devraient donc coûter la bagatelle de 23 millions par an. Une perte qui risque de coûter cher aux contribuables. En février dernier, la Cour des comptes rentre donc dans la mêlée et plaque le projet en soulignant deux risques majeurs : « l’un budgétaire » (la CDC craint « de lourdes conséquences financières pour l’État »), « l’autre patrimonial » (comprendre : le risque d’une dévalorisation du stade de France due à la concurrence du Grand stade). Mais le rapport de la Cour des comptes, il s’en tamponne, Manuel Valls et charge vite (avant un changement de majorité en 2017 ? Avant un changement de présidence à la FFR ?)

« Paul va se retrouver à poil »

Bernard Laporte, ex-sélectionneur du XV de France, ex-secrétaire d’État chargé des sports, manager du RC Toulon et, surtout, candidat à la présidence de la FFR, fait partie des réfractaires au Grand stade. « Sur le fond, l’idée me paraît judicieuse, analyse le rugbyman. C’est financièrement que ce n’est pas faisable. » Le risque ? « D’être le plus grand fiasco de toute l’histoire du rugby français. La Cour des comptes et l’inspection générale de la jeunesse et des sports ont émis des rapports défavorables sur la viabilité de ce Grand Stade. » Sur la question de l’emploi : « Si on fait faillite, le Grand stade ne va rien générer du tout ! On déshabille Pierre pour habiller Paul et finalement, Paul va se retrouver à poil. »

La rentabilité en débat

Un avis partagé par nos confrères du Canard Enchaîné qui épinglaient, à leur tour, le projet, la semaine dernière, « comment va-t-on rentabiliser ce monument alors que la région parisienne compte déjà trois stades pour le rugby ? (…) Détail négligeable, ceux-ci peinent à faire le plein, en dehors de quelques matchs de haut niveau. » Alors, qui gagnera la bataille ? Pour Bernard Laporte, faut pas rêver, le Grand stade ne verra jamais le jour. « La Fédération a eu les rapports de la Cour des comptes et de l’inspection générale de la jeunesse et des sports mais ne les a jamais transmis aux membres du comité directeur. Pour être validé, selon les statuts de la Fédération, il faut que le projet passe devant l’Assemblée Générale. » La partie est donc encore loin d’être gagnée. Malgré les turbulences, celui qui veut y croire, c’est Michel Bisson (PS), le maire de Lieusaint et ex-président de l’agglo de Sénart : « Il est nécessaire d’avoir des grands projets. C’est ce qui donne ne l’énergie, de la fierté à des habitants. » Surtout quand les habitants n’ont (presque) rien à perdre ! « C’est le Conseil départemental du 91 qui s’est porté garant de l’emprunt », rappelle le socialiste.

Vanessa RELOUZAT

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